Webyboom

A l'origine, Webyboom était le blog d'un collectif de webdesigners & webconcepteurs, parlant de créa, standards web et accessibilité. Avec le temps, le collectif s'est réduit à une personne (!), et l'on y parle toujours (et surtout) d'accessibilité du web

mardi 12 août 2008

Les Jeux Olympiques et l'accessibilité numérique

Posté par olivier_webyboom le mardi 12 août 2008 - Accessibilité

Les JO de Sydney, en 2000, avaient été l'occasion du premier cas connu d'action légale intentée avec succès envers un propriétaire de site internet (le SOCOG, Comité d'Organisation des JO de Sydney, en l'occurrence), pour raisons d'inaccessibilité. Bruce Maguire, un Australien aveugle, avait invoqué le DDA (texte sur la discrimination des handicapés) australien, pour obliger le SOCOG à fournir des textes alternatifs aux images, présenter les résultats dans un tableau accessible pour les lecteurs d'écran, et permettre d'accéder à l'index des sports depuis la page du programme. M. Maguire avait formulé sa demande 15 mois avant l'événement, et le juge avait enjoint le contrevenant à prendre les dispositions nécessaires. Cependant, le Comité, sous-estimant sans doute l'importance du problème, et peut-être la détermination du plaignant, n'avait pas satisfait à la demande. Malgré ses arguments (fallacieux) à propos du coût des mesures demandées, facilement rejetés par les experts du plaignant, le SOCOG a été condamné à verser 20 000 dollars australiens (environ 11 750 euros d'aujourd'hui) à M. Maguire. Vous pouvez lire l'analyse de ce cas par Joe Clark, très complète et instructive, mais malheureusement en anglais.
Si l'on en croit cet article du ChinaDaily.com, la leçon a été retenue pour les JO de Pékin cette année. A travers l'initiative "Information Accessibility Action", une attention toute particulière aurait été portée à l'accessibilité des sites officiels des Jeux Olympiques de Pékin. L'action conjointe d'organisations agissant en faveur des personnes handicapées, du Comité d'Organisation, et des autorités chinoises a permis ce résultat. Ce serait la première opération d'envergure menée dans le cadre du développement d'un internet accessible, destinée à promouvoir ce mouvement.

Le seul mot de chinois que je connaisse étant le nom d'une bière importée sous nos latitudes, je n'ai malheureusement pas pu vérifier que ces louables intentions sont effectivement appliquées sur les sites officiels en langues chinoises. En revanche un rapide tour de la page d'accueil du site officiel des JO en français s'est avéré bien décevant à cet égard. Notamment, et non exhaustivement:

  • des zones de navigation en Flash et en javascript barrent l'accès aux informations si ces technologies ne sont pas prises en charge
  • de nombreux liens ne sont pas explicites (simples chiffres pour la navigation dans le calendrier; abréviations non développées du nom du pays, pour accéder au tableau des médailles) ou non distincts (répétition de liens "plus", "suite" et "autre...")
  • les liens "officiel" (comprendre: site officiel des résultat pour la discipline considérée) ouvrent une nouvelle page sans prévenir l'utilisateur
  • les vidéos ne sont pas sous-titrées ni audio-décrites (et d'ailleurs réclament cookies, Flash et Mediaplayer pour fonctionner!)
  • lorsqu'ils existent, les textes alternatifs aux images sont peu pertinents
  • le logo-titre, portant le fameux slogan "One World One Dream", n'a pas d'alternative textuelle
  • plus gênant sur le plan symbolique: le logo des Jeux Paralympiques, image d'un texte bleu clair sur fond bleu et vert, n'a pas d'alternative ni de titre pour le lien

Ca fait beaucoup de manquements, compte tenu de l'annonce officielle... y aura-t-il un Bruce Maguire chinois (ou francophone pour le coup) qui relèvera ce fait, et fera valoir ses droits?
Et entre également en compte un autre aspect de l'accessibilité: que vaudrait le plus accessible, techniquement parlant, des mondes numériques, si l'accès à l'information est contrôlé et censuré, par l'état ou tout autre autorité?

Edit: si cette analyse du site, faite sur le coin du genou, une tasse de café froid à la main, vous a laissé sur votre faim: lisez cette évaluation plus poussée sur le blog du RNIB (en anglais). Une autre étude, complémentaire, analyse l'internationalisation du site. Pour 2012, c'est pas gagné non plus, comme le montre cet article de Peter Abrahams sur l'accessibilité du site officiel des J.O. de Londres (en anglais).


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