Webyboom

A l'origine, Webyboom était le blog d'un collectif de webdesigners & webconcepteurs, parlant de créa, standards web et accessibilité. Avec le temps, le collectif s'est réduit à une personne (!), et l'on y parle toujours (et surtout) d'accessibilité du web

samedi 29 janvier 2011

Lettre ouverte pour l’accessibilité numérique des services publics

Posté par webyboom le samedi 29 janvier 2011 - Accessibilité

Tout a commencé par une question, sur la liste GTA, tout-à-fait banale et légitime : que risquent les sites web publics qui n'appliquent pas le RGAA (Référentiel général d'accessibilité des administrations) dans le délai imparti? La réponse était consternante de simplicité: rien, ou tout comme.

A suivi une discussion passionnée, où ont été étalés de nombreux points d'incompréhension et d'incohérence dans le dispositif réglementaire avec lequel doivent composer les acheteurs publics et leurs fournisseurs. En résumé, on a un ensemble de documents, le RGAA plus son décret d'application, dont le contenu technique est complexe, mais c'est la loi du genre. Les professionnels de l'accessibilité, rompus aux arcanes des WCAG et de ses différents rejetons, peuvent s'en débrouiller. Mais les contradictions et imprécisions qui le jalonnent, sur le plan des modalités d'applications, rendent impossible à déterminer des questions aussi simples et fondamentales que: à quoi le RGAA s'applique-t-il effectivement? quelles sont les dérogations? quel niveau est attendu? quel est le délai? quelles sont les sanctions?

Ça peut paraitre incroyable, mais il y a une loi à respecter, et personne ne sait en quoi elle consiste concrètement. Et c'est pas faute d'avoir travaillé le sujet: étant incontournable, nombre de cerveaux, et pas des moindres, se sont usés sur la bête. Pire encore, aucune administration, bureau, instance ou même délégué d'une quelconque agence ne semble être chargé du dossier. Les réponses à ces questions sont donc laissées à la seule appréciation de ceux qui se les posent. Les usagers face une situation d'inaccessibilité manifeste, n'ont pas même un début de point de contact, à part l'administration fautive. On imagine sans peine le résultat d'une telle démarche en général, surtout si l'on songe aux dizaines de milliers de sites web concernés...

Cette situation pose plusieurs problèmes, lourds de conséquence:

  • les utilisateurs en situation de handicap n'ont pas d'outil fiable pour évaluer la prise en compte de leurs besoins, et le respect des engagements de l'État à leur encontre
  • les maitres d'ouvrage publics, en général pas du tout ou très peu formés,  sont face à un dispositif contraignant, incompréhensible, et pour lequel aucun budget n'a été alloué
  • les professionnels sont bien en peine de les aider. Ceux qui sont compétents sur le sujet sont pénalisés face aux concurrents peu scrupuleux (ou simplement ignorants) qui clameront leur capacité à rendre un site accessible, sans savoir de quoi il retourne. Ce qui ne leur pose pas de problème, les clients en face n'étant pas plus aptes à en juger
  • cette loi, mise en application réelle, créerait une demande plusieurs fois plus importante que ce que peuvent absorber les prestataires de la place. Si elle se concrétisait, des acteurs importants (agences web, SSII) s'y intéresseraient, y investiraient, ce qui tendrait à diversifier l'offre, à baisser les coûts, et à valoriser la compétence véritable.Tous s'y retrouveraient, les utilisateurs en premier lieu. L'accessibilité numérique en France est aujourd'hui une activité d'artisans, au sens noble du terme. Mais pour qu'elle devienne banale, ce qui est l'objectif ultime, il faut qu'elle s'industrialise.

Suite à la discussion, Patrice Bourlon a émis l'idée d'une lettre ouverte aux pouvoirs publics, en ligne depuis le 28 janvier. Certains lui ont manifesté leur soutien, ont constitué un groupe de rédacteurs (dont bibi) et l'ont aidé à élaborer et peaufiner ce document au fil des semaines. Des acteurs importants du monde de l'accessibilité ont rejoint le groupe de départ pour signer et marquer ainsi leur approbation au contenu de cette lettre. D'autres, approchés également, ont choisi de ne pas le faire, pour diverses raisons, que je ne juge pas et respecte par ailleurs. Pour ma part, il m'a paru important de contribuer à cette initiative, et à ce courrier, qui synthétise avec honnêteté et précision les raisons qui font de l'article 47 de la loi de 2005, l'objet de toutes nos frustrations.

Si vous adhérez à cette idée, parlez de cette lettre autour de vous, et mieux encore, bloggez, twittez et facebookez à son propos. Plus on fait du bruit, plus on est entendu...

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