vendredi 19 décembre 2008
Les voeux de Webyboom
Posté par olivier_webyboom le vendredi 19 décembre 2008 - Accessibilité
Pour l’année 2009 qui s’annonce, marquée par le bicentenaire de la naissance de Louis Braille, Webyboom formule les vœux suivants pour l’accessibilité :
- qu’un décret, ou un texte, ou une directive, ou que quoi que ce soit qui ait une valeur officielle, vienne enfin clarifier la situation en France, pour les internautes, les professionnels du web, et les propriétaires de sites
- que les WCAG 2.0 favorisent la compréhension et la diffusion de l’idée d’accessibilité, pour les sites à l’ancienne comme pour les plus innovants
- qu’Internet Explorer 8 tienne ses promesses initiales, et en particulier qu’il fasse d’ARIA une technologie dominante et non plus marginale
- que le même ARIA fasse son chemin dans la tête des décideurs comme des développeurs
- que les geeks se prennent au jeu du accessihacking, et nous pondent pleins de petits "détournements" utiles et ingénieux
- que Target.com fasse un très bon site accessible, qu’ils se rendent compte de tout le bien que ça leur a fait, et qu’ils en fassent une large publicité
- que des sociétés privées fassent la même démarche, un peu partout, et prouvent que tout ce qu’on dit des bienfaits de l’accessibilité est vrai.
Et pour tous les lecteurs de Webyboom : santé, bonheur, et prospérité !
jeudi 11 septembre 2008
L'accessibilité concerne également les progiciels
Posté par olivier_webyboom le jeudi 11 septembre 2008 - Accessibilité
Début août 2008, un accord a été conclu entre la NFB (association d'aveugles américaine), l'état de l'Arkansas et l'éditeur de logiciels d'entreprise SAP, concernant l'accessibilité de la solution logicielle livrée par ce dernier. Bref rappel des faits...
En 2001, deux non-voyants salariés de l'état d'Arkansas, soutenus par la NFB, avaient attaqué leur employeur. En cause, l'incompatibilité avec un lecteur d'écran du progiciel de gestion mis en place par l'état, qui les empêchait d'effectuer certaines tâches relatives à leur travail. Les plaignants ont fait valoir que ceci entrait en violation avec la politique d'achat de services et produits informatiques de l'état, stipulant qu'ils doivent permettre l'accès et l'utilisation par les non et mal-voyants. Ce progiciel s'appuyant pour une large part sur une solution fournie par SAP, l'état s'est à son tour retourné contre l'éditeur allemand.
A l'issue de l'accord, SAP s'est engagé à fournir à son client les adaptations et modifications nécessaires à la compatibilité de l'application avec les lecteurs d'écran, d'ici au 1er août 2009.
Cette affaire rappelle que l'accessibilité numérique ne se limite pas aux sites web, loin de là. Dans le cadre du travail en entreprise, de nombreuses tâches sont réalisées via des systèmes informatiques de gestion d'entreprise. Ils sont même au cœur des processus de travail et de l'activité quotidienne de nombreuses catégories de salariés.
Généralement basés sur des solutions lourdes et structurantes, ils descendent parfois d'applications affichant au compteur plusieurs décennies de vie commerciale. Cependant l'argument de l'héritage ("legacy" dans le jargon informatique), pour justifier les manquements de ce genre, s'affaiblit avec le temps. Les systèmes d'exploitation actuels facilitent l'interfaçage avec les technologies d'assistance. Les progrès des technologies web permettent de se rapprocher des fonctionnalités des logiciels installés sur le poste, et la "webisation" des applications devient de plus en plus économiquement justifiée.
La reconquête de l'espace de travail par les salariés handicapés, terreau de leur intégration sociale, devrait être favorisée, et non pénalisée, par la technologie. Comment expliquer alors le retard constaté dans ce domaine, alors que l'on est en plein dans le champ d'application de la loi de février 2005 sur l'égalité des chances? Et que l'intégration des fonctionnalités d'accessibilité aux produits devrait logiquement constituer un avantage compétitif décisif? Probablement par les mêmes raisons que pour le web: manque d'information des décideurs, manque d'incitation par les pouvoirs publics, manque de moyens de pression pour les utilisateurs lésés... Les raisons de l'immobilisme sont faciles à trouver dès lors qu'on ne remet rien en cause. Les raisons d'agir le sont tout autant, à partir du moment où l'on prend soin de s'informer et d'intégrer tous les éléments de l'équation. Espérons que la publicité faite autour de situations telles que celle décrite plus haut fera prendre conscience des enjeux liés à l'accessibilité, et des opportunités offertes aux acteurs de l'informatique.
Liens vers les articles d'origine:
jeudi 28 août 2008
Target condamné pour l'inaccessibilité de son site aux non-voyants
Posté par olivier_webyboom le jeudi 28 août 2008 - Accessibilité
L'issue du procès de Target.com contre la NFB (association de non-voyants américaine) est désormais connue, comme l'annonce ce billet du blog de WebAIM (vous pouvez aussi lire cette synthèse sur le site des Disability Rights Advocates).
Rappelons qu'une action en justice a été intentée envers ce supermarché en ligne, par des internautes non-voyants, auprès de la Cour de Californie. Ces derniers reprochaient au commerçant de les discriminer par rapport aux autres utilisateurs, par l'inaccessibilité de son site, jugé inutilisable avec des lecteurs d'écran.
Target avait refusé de mettre en œuvre les adaptations nécessaires, et dénié être en infraction par rapport au Americans with Disabilities Act (loi anti-discrimination protégeant les personnes handicapées).
La justice vient de les condamnerUn accord a été trouvé entre Target et la NFB, visant, notamment, à mettre le site en conformité avec les recommandations de la NFB, d'ici au 28/02/2009; à financer sur 3 ans l'intervention de la NFB sur le site (pour 170.000$, plus les frais de formation); et à verser jusqu'à 7.000$ de réparations par plaignant, pour un total pouvant atteindre 6 millions de dollars. A ajouter à ces amendes, bien entendu les frais d'avocats, probablement conséquents, et surtout, à court terme, les dégâts commerciaux causés par cette publicité négative. Pour caricaturale qu'elle soit, l'image de la grande méchante world-company cynique, qui mégotte sur l'investissement pour permettre l'accès aux aveugles, est facile à véhiculer. Et elle le sera sans nul doute.
Comme l'auteur du billet d'origine, on peut regretter que le procès n'ait pas donné lieu à une véritable jurisprudence qui définirait précisément les obligations des éditeurs de site, vis-à-vis de la loi. Et que l'impact financier soit relativement minime pour une société de cette dimension (2ème chaine de supermarchés aux Etats-Unis).
Il n'en reste pas moins que cela crée un précédent tangible. Désormais, est concrétisée l'existence d'un risque juridique et financier significatif, à ne pas tenir compte des recommandations d'accessibilité, au moins dans le cadre du e-commerce aux Etats-Unis. Sur la balance des décisions business, le plateau de l'accessibilité se renforce d'un nouveau poids, et les promoteurs de l'accessibilité se voient armés d'un argument supplémentaire. Et si un site de la taille et de la complexité de Target.com doit le faire, et parvient à le faire, alors il y aura de moins en moins d'excuses ou de temporisations possibles à trainer des pieds sur le sujet, pour l'ensemble du secteur marchand...
Edit. du 02/09/08: Merci à Pierre Guillou d'Accessiweb pour ses précisions très éclairantes sur les détails de l'affaire. Des avis complémentaires et très intéressants ont été exprimés sur les blogs de Peter Abrahams, Bob Easton, et Bruce Lawson.
mardi 12 août 2008
Les Jeux Olympiques et l'accessibilité numérique
Posté par olivier_webyboom le mardi 12 août 2008 - Accessibilité
Les JO de Sydney, en 2000, avaient été l'occasion du premier cas connu d'action légale intentée avec succès envers un propriétaire de site internet (le SOCOG, Comité d'Organisation des JO de Sydney, en l'occurrence), pour raisons d'inaccessibilité. Bruce Maguire, un Australien aveugle, avait invoqué le DDA (texte sur la discrimination des handicapés) australien, pour obliger le SOCOG à fournir des textes alternatifs aux images, présenter les résultats dans un tableau accessible pour les lecteurs d'écran, et permettre d'accéder à l'index des sports depuis la page du programme. M. Maguire avait formulé sa demande 15 mois avant l'événement, et le juge avait enjoint le contrevenant à prendre les dispositions nécessaires. Cependant, le Comité, sous-estimant sans doute l'importance du problème, et peut-être la détermination du plaignant, n'avait pas satisfait à la demande. Malgré ses arguments (fallacieux) à propos du coût des mesures demandées, facilement rejetés par les experts du plaignant, le SOCOG a été condamné à verser 20 000 dollars australiens (environ 11 750 euros d'aujourd'hui) à M. Maguire. Vous pouvez lire l'analyse de ce cas par Joe Clark, très complète et instructive, mais malheureusement en anglais.
Si l'on en croit cet article du ChinaDaily.com, la leçon a été retenue pour les JO de Pékin cette année. A travers l'initiative "Information Accessibility Action", une attention toute particulière aurait été portée à l'accessibilité des sites officiels des Jeux Olympiques de Pékin. L'action conjointe d'organisations agissant en faveur des personnes handicapées, du Comité d'Organisation, et des autorités chinoises a permis ce résultat. Ce serait la première opération d'envergure menée dans le cadre du développement d'un internet accessible, destinée à promouvoir ce mouvement.
Le seul mot de chinois que je connaisse étant le nom d'une bière importée sous nos latitudes, je n'ai malheureusement pas pu vérifier que ces louables intentions sont effectivement appliquées sur les sites officiels en langues chinoises. En revanche un rapide tour de la page d'accueil du site officiel des JO en français s'est avéré bien décevant à cet égard. Notamment, et non exhaustivement:
- des zones de navigation en Flash et en javascript barrent l'accès aux informations si ces technologies ne sont pas prises en charge
- de nombreux liens ne sont pas explicites (simples chiffres pour la navigation dans le calendrier; abréviations non développées du nom du pays, pour accéder au tableau des médailles) ou non distincts (répétition de liens "plus", "suite" et "autre...")
- les liens "officiel" (comprendre: site officiel des résultat pour la discipline considérée) ouvrent une nouvelle page sans prévenir l'utilisateur
- les vidéos ne sont pas sous-titrées ni audio-décrites (et d'ailleurs réclament cookies, Flash et Mediaplayer pour fonctionner!)
- lorsqu'ils existent, les textes alternatifs aux images sont peu pertinents
- le logo-titre, portant le fameux slogan "One World One Dream", n'a pas d'alternative textuelle
- plus gênant sur le plan symbolique: le logo des Jeux Paralympiques, image d'un texte bleu clair sur fond bleu et vert, n'a pas d'alternative ni de titre pour le lien
Ca fait beaucoup de manquements, compte tenu de l'annonce officielle... y aura-t-il un Bruce Maguire chinois (ou francophone pour le coup) qui relèvera ce fait, et fera valoir ses droits?
Et entre également en compte un autre aspect de l'accessibilité: que vaudrait le plus accessible, techniquement parlant, des mondes numériques, si l'accès à l'information est contrôlé et censuré, par l'état ou tout autre autorité?
Edit: si cette analyse du site, faite sur le coin du genou, une tasse de café froid à la main, vous a laissé sur votre faim: lisez cette évaluation plus poussée sur le blog du RNIB (en anglais). Une autre étude, complémentaire, analyse l'internationalisation du site. Pour 2012, c'est pas gagné non plus, comme le montre cet article de Peter Abrahams sur l'accessibilité du site officiel des J.O. de Londres (en anglais).
mercredi 7 mai 2008
Pétition pour l’accessibilité numérique des services publics
Posté par olivier_webyboom le mercredi 7 mai 2008 - Accessibilité
Difficile de ne pas en avoir entendu parler, si vous vous intéressez à l'accessibilité: une pétition en ligne réclame la mise en œuvre du décret relatif à l'accessibilité numérique, de la loi sur l'égalité des chances de 2005 (une synthèse de la loi sur le site d'Accessiweb).
Le collectif Webyboom a apporté sa modeste contribution, en étant le 803ème signataire. En espérant qu'en plus de son écho médiatique (voir l'article du Monde Informatique), cette initiative sera suivie d'effets positifs et concrets...
mardi 30 octobre 2007
Accessibilité: la loi de 2005 et son mythique décret d'application
Posté par olivier_webyboom le mardi 30 octobre 2007 - Accessibilité
En février 2005, le Parlement français a voté une loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Cette loi stipule que les déclinaisons numériques (notamment les sites internet) des services de l'état devront, à une échéance de 3 ans (donc en 2008), présenter un niveau d'accessibilité qui reste à définir par un décret en Conseil d'Etat, ainsi que les sanctions en cas de manquement. Chose moins connue, d'autres lois définissent également les obligations d'accessibilité dans différents domaines. Le mieux, pour les connaître, est de consulter cette synthèse exhaustive sur le site d'Accessiweb.
Comme le savent, et le regrettent, les professionnels de l'accessibilité, le décret d'application de la loi de 2005 reste malheureusement à paraître. Ce n'est pas un cas isolé en France, loin de là. Si j'ai bien tout compris de ce rapport du Sénat sur le contrôle de l'application des lois, dans le meilleur des cas, un bon tiers des lois nécessitant un décret ne le voient jamais venir. Le problème posé aux sus-cités professionnels de l'accessibilité, est qu'en l'absence de règles clairement définies, l'argument de couverture du risque juridique, par mise en conformité de son site, est très affaibli. Trop facile alors, pour ceux qui veulent éviter de bouger, de raisonner ainsi: j'attends le décret pour évaluer le rapport risque/coût, et éventuellement-peut-être-si-ça-se-trouve j'agirai.
Pour ma part je préfère éviter de faire référence à la loi sous l'angle des sanctions, pour ne mettre en avant que son caractère pédagogique: elle signale l'existence d'une problématique concrète, qu'il convient de prendre en compte. Si les modalités ne sont pas définies par un hypothétique décret, au moins il y a une prise de conscience bienvenue dans le texte lui-même.
Pour expliciter ce point de vue à une personne qui ne connaîtrait pas le sujet, je compare souvent l'accessibilité des sites aux places de parking réservées aux handicapés. La question posée par l'infraction n'est pas (ne devrait pas...) être le montant de l'amende, mais la contrainte générée par le non-respect de cette législation pour ceux qu'elle protège. C'est cette prise de conscience-là qui devrait être le moteur du respect de la loi, et non l'éventuelle sanction associée.
Bien sûr, et c'est bien tout le problème: ce raisonnement vaut surtout dans un monde un peu plus idéal...

