Webyboom

A l'origine, Webyboom était le blog d'un collectif de webdesigners & webconcepteurs, parlant de créa, standards web et accessibilité. Avec le temps, le collectif s'est réduit à une personne (!), et l'on y parle toujours (et surtout) d'accessibilité du web

mardi 19 avril 2011

Mon FEAN à moi

Posté par webyboom le mardi 19 avril 2011 - Accessibilité

Le Forum Européen de l'Accessibilité Numérique (FEAN), organisé par Braillenet, s'est tenu le 28 mars dernier à la Cité des Sciences de la Villette. Le thème de cette année: "Coûts et bénéfices de l'accessibilité".

Cette cinquième édition avait un goût particulier pour moi: j'ai eu l'honneur et le plaisir d'y faire une présentation, sur le thème de l'optimisation des coûts pour l'intervention d'un expert. Cerise sur un gâteau déjà très savoureux : elle a été faite avec Jean-Pierre Villain de Qelios, qui entre autres faits d'armes, est le grand manitou du référentiel Accessiweb.

Pour une revue détaillée et critique de la plupart des interventions, je vous renvoie à l'excellent compte-rendu sur le site de Delphine Malassingne. Pour ma part, je détaillerai ici quelques points de notre présentation trop rapidement abordés par manque de temps. Et ensuite, une petite revue de faits marquants vus de mon coin.

Optimiser le coût de l'expertise

Avec Jean-Pierre nous étions un peu gênés: avec un thème pareil il faut amener du concret. Nous avons des travaux en cours qui donneront à l'avenir des chiffres, mais trop tard pour la conf... De plus, il nous fallait nous démarquer des présentations d'avant et d'après, respectivement de Jean-Marie d'Amour (de l'Institut Nazareth-Louis Braille au Québec), et d'Elie Sloïm de Temesis... sans pour autant en connaitre le contenu. Clairement nous partageons avec eux pas mal de points de vue, il ne s'agissait pas de faire doublon.

Nous sommes partis de la volonté de faire passer des idées fortes, et espérons-le, innovantes. Ce qui impose un effort de communication pour rester dense sans être barbant. D'où la présence de photos amusantes et décalées, technique modestement inspirée des petits chefs-d'œuvre de Chris Heillmann, qui n'a pas son pareil pour dégoter la "photo qui tue", à la fois drôle en elle-même et percutante dans le contexte (bon sang, comment il les trouve? c'est ce qui m'a pris le plus de temps, et encore, j'ai lâché l'affaire à un moment donné).

Parmi ces idées, une qui a rencontré un certain écho, ou jeté un certain "trouble" pour reprendre le terme d'un membre de l'assistance, est celle qui postule que l'expert accessibilité n'est pas seulement un expert en évaluation. On flotte sur cette conception des choses depuis des années en France, notamment parce que c'est ce par quoi on commence tous, et que la formation incontournable dans le domaine, délivrée par Braillenet, porte ce nom. Il faut remettre les choses à leur place: certes, en suivant cette formation, on fait un grand pas vers une compréhension plus vaste de l'accessibilité, mais ça ne reste qu'un point de départ, au regard de tout ce qu'il faudrait savoir. L'évaluation c'est du test logiciel, spécialisé certes, mais pas plus. De fait, devenir "expert" en 5 jours est une illusion douce, mais aux conséquences fâcheuses. Trop souvent les donneurs d'ordre assimilent l'accessibilité à une sous-recette, et s'arrêtent là. Ils ne paient que pour des audits (c'est cadré, c'est concret, ça fait un beau rapport, et un rapport, c'est bien). Alors que parfois un audit ne sert à rien en tant que tel, car souvent c'est trop tard... Comme si on convoquait un spécialiste des incendies pour constater qu'une forêt a brûlé. Tout cela coûte de l'argent et empêche de faire travailler les experts sur ce pour quoi ils sont utiles. D'où cette proposition un brin provocatrice: n'utilisez pas vos experts pour faire des audits. Apprenez à les faire, et faites-les vous-mêmes!

Une autre idée forte, qui prolonge la première : plutôt que d'utiliser un expert pour faire des choses, demandez-lui de vous apprendre à faire les choses. Ce n'est pas un principe nouveau, comme l'atteste la parabole du pêcheur. A peu de choses près: "Donne un poisson à un homme qui a faim, et il mangera aujourd'hui. Apprends-lui à pêcher, et il mangera toute sa vie". Ce que l'on pourrait compléter par : "Dans un deuxième temps, apprends-lui aussi à enlever les boyaux et les arêtes, ça sera tip top". Autrement dit : acquérez les compétences de base en accessibilité sur les activités de production qui vous reviennent (coder, contribuer), et réservez l'expert pour les sujets plus pointus. Sur cette base, consolidez vos acquis, jusqu'à banaliser l'accessibilité, pour ensuite aller plus loin vers l'autonomie vis-à-vis de l'expert. La plus grande victoire qui puisse s'imaginer pour un expert en accessibilité, c'est lorsqu'il finit par être inutile. Chacun devrait travailler dans ce sens.

En attendant qu'il soit distribué par Braillenet avec tous les autres, je vous propose de consulter le support de présentation sur SlideShare, avec sa transcription (pas terrible, je vais la retravailler, promis).

Vu et entendu au FEAN

C'était mon troisième Forum. Comme à chaque fois il a été riche en rencontres et en enseignements. Cependant, cette année, oserai-je le dire?... oui, allez, on est entre nous: j'ai par moments été un poil déçu. Probablement que j'en attendais plus. Comme l'analyse Delphine Malassingne, il y a un problème d'équilibre entre des présentations qui s'adressent tantôt aux néophytes, tantôt aux spécialistes, qui constituent a priori la plus grosse part de l'audience. Du coup certaines présentations ont paru légères, ou à coté de la plaque.

Quoiqu'il en soit, voici mon petit best-of à moi.

Le gouvernement lit vos e-mails

Marie-Anne Montchamp, Secrétaire d'Etat à la Solidarité et à la Cohésion sociale, était la personnalité politique invitée cette année pour ouvrir l'événement. Le discours était sans surprise… jusqu'à ce qu'elle mentionne la lettre ouverte sur l'accessibilité des services numériques publics. Affirmant même qu'elle en partageait en partie les constats! Bon ben, finalement ça valait le coup de se donner du mal...

Ca tweete dans tous les coins

Je n'y avais pas trop prêté attention auparavant, mais c'est clair que Twitter est omniprésent dans une telle assemblée. N'étant pas tweeteur moi-même (à l'époque, mais ça a changé: retrouvez-moi sur @OlivierNourry), j'ai vu ça de loin, et a posteriori. Mais j'ai trouvé fascinant ce branchement dans la tête des gens, qui commentent à tout va, en direct, sans filtre. J'y ai aussi senti une complicité certaine dans cette communauté de l'accessibilité, qui partage un idéal commun, celui d'un monde meilleur pour tous (ouah, je m'émeus moi-même). Et on apprend des choses passionnantes: par exemple qu'Elie kiffe Claudie, ou que mon nom est Bond Junior, James Bond Junior.

Seb, c'est bien

Décidemment Sébastien Delorme n'en finit pas d'être pertinent. Sa présentation sur la mise en accessibilité d'un site de recrutement tapait en plein dans le mille pour moi. Ca fait un moment que j'ai ce sentiment crispant que tout reste à faire dans ce domaine, scandaleusement en retard, compte tenu de l'enjeu pour les personnes handicapées. En plus d'un point de vue business, ça devrait être une priorité, car le coût de la non-action se voit directement dans les comptes.

Know your kung-fu

Un membre de l'assistance, un Norvégien, a posé une question en langue des signes (norvégienne, je suppose...). Son interprète a traduit la question en anglais, elle-même traduite en français, pour l'interprète en langue des signes française officiant pour le colloque. Les deux signeurs se trouvaient face-à-face, à quelques mètres, et leurs mains volaient en tous sens, à une vitesse démente. J'avais l'impression d'assister à un remakede la grande scène de combat entre Neo et l'agent Smith (mais si, dans Matrix...). Epoustouflant ! Et respect pour les interprètes et traducteurs...

Quand on veut, on peut

Bertrand Binois, du Conseil général du Pas-de-Calais, est venu raconter l'expérience d'une structure qui veut rendre son site accessible, sans l'avoir jamais fait. Bon, c'est sûr qu'étant épaulés par Temesis, ils avaient moyen d'être sereins! Cependant le gros du travail leur a incombé, et leur histoire prouve que la motivation et le pragmatisme, aromatisés à l'humilité, permettent d'arriver à un résultat remarquable, même avec des moyens limités.

In Vino Veritas

Dans une vie antérieure, Elie Sloïm a travaillé dans un labo d'œnologie. Il en a ramené au moins un principe (pour le reste, je ne sais pas!): l'incertitude fait partie de la mesure. Et plutôt que de la combattre, il est souvent plus adroit de l'accepter et de continuer à avancer. Ce qui renvoie à un principe fort de l'art de la productivité : faire le bon travail, plutôt que bien faire le travail. Appliqué au cas de gestion d'un parc de sites, présenté par Elie, cela se traduisait par des audits globaux, pas très précis, ni exhaustifs, mais rapides et donc peu coûteux. Au final, l'économie était conséquente: l'opération d'ensemble était probablement moitié moins coûteuse qu'une démarche plus pointilleuse, basée sur le format très structurant de l'audit typé WCAG2 auquel nous sommes trop habitués.

La tempête Cynthia

Cinthya Waddell, spécialiste américaine des questions juridiques liées à l'accessibilité, venait présenter différents cas de non-accessibilité ayant donné lieu à une action en justice. Elle nous a refait l'histoire des droits des personnes handicapées aux Etats-Unis ("au commencement il n'y avait rien. Puis vinrent les dinosaures..."). Et n'a pas lâché le pupitre avant d'avoir montré tous ses innombrables slides, tous très chargés, provoquant de grands gestes paniqués du président de séance, qui voyait la fin de journée approcher dangereusement... Mais elle était inarrêtable! Ca en devenait comique, la salle tremblant d'hilarité devant ce combat inégal...

Voila pour cette édition, bravo aux organisateurs, et vivement la prochaine!


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